Dinaw Mengestu est né en 1978 à Addis-Abeba, en Ethiopie. Deux ans plus tard, sa famille quitte le pays, fuyant le régime dictatorial de Mengistu Haile Mariam, et part s'installer en banlieue de Chicago, aux Etats-Unis.
Après des études d'anglais à l'université de Georgetown (Washington), Dinaw Mengestu décroche un diplôme en littérature à l'université de Columbia (New York). Il devient alors professeur d'anglais à Georgetown, et travaillera également comme journaliste pour divers journaux : Harper's, The Wall Street Journal, Rolling Stone (avec notamment un reportage sur le Darfour)...
Les Belles Choses que porte le ciel, livre aux accents autobiographiques et sociaux publié en 2006, est son premier roman. En France, il a obtenu le prix du Roman étranger 2007.
L'écrivain et homme politique camerounais Ferdinand Léopold Oyono a trouvé la mort, jeudi 10 juin à Yaoundé, à l'âge de 80 ans. Victime d'un malaise à l'issue d'une cérémonie officielle donnée en l'honneur du sécrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, au palais d'Etoudi, il s'est effondré devant la voiture qui devait le raccompagner chez lui et s'est éteint alors qu'on le transportait vers l'hôpital général.
Né en 1929 à Ebolowa, au Cameroun, Ferdinand Oyono s'est successivement distingué dans les domaines des lettres et des affaires publiques. Diplômé en droit à la Sorbonne et en diplomatie à l'Ecole nationale d'administration (ENA), après des études secondaires à Yaoundé et Provins, il se fait d'abord remarquer par son activité littéraire, avec trois romans publiés à la fin des années 1950, alors que la colonisation touche à sa fin.
Une vie de boy (1956), Le Vieux Nègre et la Médaille (1956) et Chemin d'Europe (1960), mettent en cause le système colonial en vigueur au Cameroun – et plus généralement en Afrique – : pratiques autoritaires de l'administration, manipulations des missionnaires, mépris vis-à-vis des colonisés... Son oeuvre, tour à tour drôle et grinçante, le place aux côtés des grands écrivains engagés de l'époque, tels Sembène Ousmane ou Mongo Béti, dont la démarche s'incrit dans une vision dynamique de l'histoire.
Une démarche volontariste que Ferdinand Oyono fera véritablement sienne en menant dès 1959 une brillante carrière de haut fonctionnaire au service du Cameroun : ambassadeur dans plusieurs pays ainsi qu'auprès de l'ONU à New York, puis ministre des Affaires étrangères et ministre de la Culture. Cette activité d'homme politique prendra le pas sur l'écriture jusqu'à la mort de Ferdinand Oyono, cinquante ans après la publication de Chemin d'Europe.
A lire : Une vie de boy, Julliard, 1956 Le Vieux Nègre et la Médaille, Julliard, 1956 Chemin d'Europe, Julliard, 1960
Alexandre Biyidi Awala est né en 1932 à Akométam, à 60 km de Yaoundé, au Cameroun. Après des études primaires à l'école missionnaire de Mbalmayo, il passe son baccalauréat en 1951 à Yaoundé et part en France pour y poursuivre des études supérieures de lettres, d'abord à Aix-en-Provence, puis à la Sorbonne, à Paris.
C'est au cours de ces années d'études qu'il entame son parcours d'écrivain, avec pour commencer la publication d'une nouvelle, « Sans haine et sans amour », dans la revue Présence africaine, en 1953. L'année suivante, il publie sous le même pseudonyme, Eza Boto, Ville cruelle, son premier roman. Mais c'est en 1956 que la parution du Pauvre Christ de Bomba, désormais sous le nom de Mongo Béti, le fait dénitivement remarquer. Description féroce et satirique de la présence coloniale en Afrique, ce roman la tonalité de l'oeuvre de Mongo Béti : une lutte radicale pour la libération des peuples noirs et contre le néo-colonialisme.
Par la suite, Mongo Béti mène de front carrières d'écrivain et d'enseignant. Professeur de lettres de 1958 à 1994 dans différents lycées français (à Rambouillet, Lamballe et Rouen), il publie une dizaine d'ouvrages, romans polémiques et essais engagés. Parmi ceux-ci, Main basse sur le Cameroun (1972) est censuré en France pendant quatre années, sous la pression du gouvernement camerounais . En 1978, il fonde avec son épouse Odile Tobner (aujourd'hui présidente de l'association Survie) la revue Peuples noirs, Peuples africains, publiée jusqu'en 1991.
En 1994, Mongo Béti rentre au Cameroun après trente-deux années d'exil en France. A Yaoundé, il fonde la Librairie des Peuples noirs. Après la publication de trois nouveaux romans, il meurt à Douala en 2001.
A lire (romans) : Ville cruelle, Présence africaine, 1954 (signé Eza Boto) Le Pauvre Christ de Bomba, Laffont, 1956 Mission terminée, Buchet/Chastel, 1957 Le Roi miraculé, Buchet/Chastel, 1958 Perpétue ou l'Habitude du malheur, Buchet/Chastel, 1974 Remember Ruben, L'Harmattan, 1974 La Ruine cocasse d'un polichinelle, Peuples noirs, 1979 Les Deux Mères de Guillaume Ismaël Dzewatama, Buchet/Chastel, 1983 La Revanche de Guillaume Ismaël Dzewatama, Buchet/Chastel, 1984 L'Histoire du fou, Julliard, 1994 Trop de soleil tue l'amour, Julliard, 1999 Branle-bas en noir et blanc, Julliard, 2001
Karel Schoeman (prononcer Skeuman) est né en 1939 à Trompsburg, dans l'Etat libre d'Orange, en Afrique du Sud. Après des études secondaires à Paarl, dans la province du Cap, il étudie la linguistique à l'université de Bloemfontein puis, converti au catholicisme, entre au séminaire à Pretoria. Après trois années de noviciat dans des monastères franciscains en Irlande, où il apprend le gaélique, il renonce finalement à prononcer ses voeux et, rentré en Afrique du Sud, obtient un diplôme supérieur de bibliothécaire.
Ce métier le mènera dans un premier temps aux Pays-Bas pendant cinq ans, puis de nouveau à Bloemfontein, et enfin au Cap, où il restera jusqu'à sa retraite, en 1999. Parallèlement à cette activité, Karel Schoeman se consacre à l'écriture et publie une dizaine de romans écrit en afrikaans. En France, ceux-ci sont petit à petit publiés, tardivement, chez Phébus. Il est aussi l'auteur de nouvelles, d'ouvrages historiques, de biographies et de traductions en afrikaans de divers textes gaéliques, allemands, russes, néerlandais et anglais.
Solidaire du combat des Noirs contre l'apartheid, Karel Schoeman a reçu en 1999, des mains de Nelson Mandela, l'Ordre du mérite, la plus haute distinction sud-africaine. Aujourd'hui, l'écrivain vit retiré dans un village perdu du veld. Ces romans, encore peu connus en France malgré le prix du Meilleur livre étranger attribué en 2009 à Cette vie, racontent une Afrique du Sud désenchantée et la solitude propre à la condition humaine.
A lire (en français) : En étrange pays, Robert Laffont, 1991 La Saison des adieux, Phébus, 2004 Retour au pays bien-aimé, Phébus, 2006 Cette vie, Phébus, 2009
Camara Laye est né en 1928 à Kouroussa, dans l'actuelle Guinée, alors colonie française. Son père, forgeron malinké réputé, encourage le jeune Laye à suivre des études à l'école française (notons d'ailleurs que, comme Sembène Ousmane, Camara Laye a inversé ses nom et prénom, fidèle en cela à la tradition scolaire française) et, bientôt, une fois obtenu son certificat d'études, le jeune garçon quitte Kouroussa pour la capitale Conakry, où il suit l'enseignement technique de l'école Georges-Poiret. Il y décroche un CAP de mécanicien et, en 1947, part pour la France en vue d'y devenir ingénieur. Il subsiste alors de petits boulots aux Halles puis à l'usine Simca.
C'est là qu'il se met à l'écriture et, dès 1953, paraît son premier roman, très autobiographique, L'Enfant noir, dans lequel il évoque son enfance guinéenne. Ce roman fut très apprécié en France mais, dans l'Afrique des combats anticoloniaux, on lui reprocha parfois d'avoir donné une image excessivement bienveillante de l'Afrique coloniale. Cela n'empêcha pas Camara Laye de publier l'année suivante Le Regard du roi, récit allégorique et initiatique dont le héros, un Blanc rejeté par ses compatriotes, tente d'accéder à la sagesse profonde de l'Afrique.
En 1956, Camara Laye retourne en Afrique, au Dahomey puis au Ghana où il enseigne et se lie d'amitié avec Kwame Nkrumah. En 1958, la Guinée obtient son indépendance et Camara Laye en devient l'ambassadeur au Ghana. Par la suite, il exerce aussi des fonctions importantes au ministère de l'Information, avant de prendre ses distances avec le régime d'Ahmed Sékou Touré dont il dénonce la dérive dictatoriale dans Dramouss (1966).
Camara Laye s'exile alors à Dakar, où il travaille à l'Institut fondamental d'Afrique noire (IFAN). Comme Amadou Hampâté Bâ quelques années plus tôt (l'œuvre et le parcours des deux auteurs ne sont d'ailleurs pas sans points communs), il y mène des recherches sur les traditions orales., qui déboucheront sur la publication de son dernier roman, Le Maître de la parole (1978), transcription des récits oraux sur l'empereur mandingue Soundjata Keïta (1190-1255). Camara Laye meurt à Dakar en 1920, alors qu'il travaillait à une biographie du président ivoirien Félix Houphouët-Boigny.
A lire : L'Enfant noir, Plon, 1953 Le Regard du roi, Plon, 1954 Dramouss, Plon, 1966 Le Maître de la parole, Plon, 1978
Dany Laferrière est née en 1953 à Port-au-Prince, capitale d’Haïti. Il est le fils de Windsor Klébert Laferrière, qui fut maire de Port-au-Prince puis sous-secrétaire d’Etat au commerce et à l’industrie avant d’être chassé de l’île par François Duvalier, alias Papa Doc. Par peur de représailles, sa mère, Marie Nelson, l’envoie, vers 4 ans, vivre chez sa grand-mère Da, à Petit-Goâve. Windsor, Marie et Da seront des personnages marquants de l’œuvre d’inspiration autobiographique de Dany Laferrière.
A 11 ans, il retourne vivre avec sa mère à Port-au-Prince, où il fait ses études secondaires. Il devient ensuite chroniqueur culturel à l’hebdomadaire Le Petit Samedi Soir et à Radio Haïti-Inter. En 1976, son ami journaliste Gasner Raymond, alors âgé de 23 ans comme lui, est assassiné par les « tontons macoutes » de Jean-Claude Duvalier, alias Bébé Doc. Dany Laferrière quitte alors précipitamment Haïti pour Montréal, au Canada.
Il publie son premier roman, Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, en 1985 : le livre est salué par la critique et ouvre la voie à neuf autres romans qui constitueront « l’autobiographie américaine » de Dany Laferrière, entre Montréal, New York et Miami, où l’auteur s’installe de 1990 à 2002. Parallèlement à son activité d’écrivain prolifique, il se consacre à l’écriture de scénarios inspirés de ses romans : Comment faire l’amour à un nègre…, Le Goût des jeunes filles et Vers le sud sont ainsi adaptés au cinéma.
Aujourd’hui, Dany Laferrière est chroniqueur sur Radio Canada et codirige avec Lyonel Trouillot le festival des Etonnants Voyageurs en Haïti. L’écrivain a reçu de nombreux prix littéraires, mais c’est avec L’Enigme du retour, récompensée du prix Médicis en 2009, qu’est venue la consécration, notamment aux yeux du public français.
A lire : Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, éd. de l’Homme, 1985 Eroshima, VLB, 1987 L’Odeur du café, éd. de l’Homme, 1992 Le Goût des jeunes filles, éd. de l’Homme, 1993 Chronique de la dérive douce, VLB, 1994 Cette grenade dans la main du nègre est-elle arme ou fruit ?, éd. du Jour, 1993 Pays sans chapeau, Le Serpent à plumes, 1993 La Chair du maître, éd. de l’Homme, 1997 Le Charme des après-midis sans fin, Le Serpent à plumes, 1998 Le Cri des oiseaux fous, Le Serpent à plumes, 2002 Les Années 80 dans ma vieille Ford, Mémoire d’encrier, 2005 Vers le sud, Grasset, 2006 Je suis un écrivain japonais, Grasset, 2008 L’Enigme du retour, Grasset, 2009
Boubacar Boris Diop est né en 1946 à Dakar, au Sénégal. Il a successivement été conseiller technique au ministère de la culture sénégalais et professeur de littérature et de philosophie. Il a également longtemps exercé le métier de journaliste et dirigeant le quotidien sénégalais Le Matin.
Il publie son premier livre en 1981 : Le Temps de Tamango est un roman de politique-fiction qui annonce le ton engagé et l’écriture exigeante de son auteur. Trois romans remarqués plus tard, activement impliqué dans la vie politique et la défense des cultures de l’Afrique, Boubacar Boris Diop se rend avec dix autres écrivains africains au Rwanda, en 1998, quatre ans après le génocide, et participe au collectif d’écriture « Rwanda : écrire par devoir de mémoire. Rwanda: écrire par devoir de mémoire. Cette résidence d’écriture donnera naissance à un nouveau livre, Murambi, le livre des ossements (2000). En 2003, il explore l’écriture en wolof dans Doomi Golo (qu’il traduira dans Les Petits de la guenon en 2009).
Parallèlement à son activité de romancier, Boubacar Boris Diop se fait également dramaturge (Thiaroye, terre rouge, en 1990), scénariste, essayiste. Sous cette dernière casquette, il est l’auteur de L’Afrique au-delà du miroir (2007) et a cosigné les ouvrages Négrophobie (avec François-Xavier Verschave et Odile Tobner, 2005), L’Afrique au secours de l’Occident (d’Anne-Cécile Robert, 2006) et Au sortir de l’enfer (de Jean-Marie Vianney Rurangwa, 2007).
A lire : Le Temps de Tamango, L’Harmattan, 1981 Les Tambours de la mémoire, L’Harmattan, 1990 Les Traces de la meute, L’Harmattan, 1993 Le Cavalier et son ombre, Stock, 1997 Murambi, le livre des ossements, Stock, 2000 Doomi Golo, Papyrus, 2003 (en wolof) Kaveena, Philippe Rey, 2006
Thierno Saidou Diallo est né en 1947 à Porédaka, en plein cœur du Fouta-Djalon, en Guinée. En 1969, ce fils de fonctionnaire fuit la dictature de Sékou Touré et rejoint, à pied, le Sénégal voisin. Il part ensuite étudier en Côte d’Ivoire puis, à partir de 1973, en France, où il acquiert un doctorat de biochimie à l’université de Lyon. Sa carrière scientifique le conduit par la suite à enseigner au Maroc et en Algérie.
Mais il entreprend également une carrière littéraire, sous le nom de Tierno Monénembo, avec la publication d’un premier roman, Les Crapauds-brousse, en 1979. Sept ans plus tard, sa deuxième fiction, intitulée Les Ecailles du ciel (1986), reçoit le Grand prix de l’Afrique noire. L’œuvre de Tierno Monénembo est aussi marquée par L’Aîné des orphelins (2000), dans lequel il revient sur le génocide rwandais de 1994, et par sa saga Peuls (2004). En 2008, la consécration vient avec l’obtention du prix Renaudot, pour Le Roi de Kahel, alors que l’auteur est en résidence à Cuba.
Aujourd’hui, Tierno Monénembo vit près de Caen, en Normandie. Ses romans sont nourris par ses origines peules, la thématique de l’exil et l’impuissance des intellectuels africains face aux problèmes de leur continent.
A lire : Les Crapauds-brousse, Seuil, 1979 Les Ecailles du ciel, Seuil, 1986 Un rêve utile, Seuil, 1991 Un attiéké pour Elgass, Seuil, 1993 Pelourinho, Seuil, 1995 Cinéma, Seuil, 1997 L’Aîné des orphelins, Seuil, 2000 Peuls, Seuil, 2004 La Tribu des gonzesses, Cauris, 2006 (théâtre) Le Roi de Kahel, Seuil, 2008
Janis Otsiemi est né en 1976 à Franceville, dans la province du Haut-Ogooué, au Gabon. Ancien élève du collège public d’Akébé (aujourd’hui collège Georges-Mabignat), il est actuellement secrétaire général adjoint de l’Union des écrivains gabonais, après un bref passage au gouvernorat de l’Estuaire
Il a publié son premier roman, Tous les chemins mènent à l’Autre (2001), à l’âge de 24 ans, ce qui lui vaudra le prix du Premier roman gabonais. Romancier, poète et essayiste (Guerre de succession au Gabon : Les Prétendants, Edilivre, 2007), Janis Otsiémi a également été lauréat du prix du Centenaire de la naissance du président Léon Mba pour son recueil de poèmes, Chants d’exil. Depuis 2007, Janis Otsiemi se veut l’ambassadeur du « polar de la brousse, tendance social et et urbain », avec deux romans : Peau de balle (2007) et La vie est un sale boulot (2009), et un recueil de nouvelles (La Faute à l’Autre, Edilivre, 2009).
Marié et père de trois enfants, le romancier vit et travaille à Libreville.
A lire : Tous les chemins mènent à l’Autre, éd. Raponda Walker, 2001 Peau de balle, Editions du Polar, 2007
Amadou Hampâté Bâ est né en 1900 à Bandiagara, dans l’actuel Mali, au sein d’une famille peule aristocratique. Il fréquente d’abord l’école coranique de Tierno Bokar, dignitaire de la confrérie tidianiya qui demeurera son maître spirituel, avant d’être réquisitionné d’office pour l’école française à Bandiagara puis à Djenné. En 1921, il refuse d’intégrer l’école normale de Gorée et est affecté à Ougadougou (Haute-Volta, actuel Burkina Faso) en tant qu’« écrivain temporaire à titre essentiellement précaire et révocable»…
Il occupera par la suite différents postes dans l’administration coloniale, jusqu’en 1942, date à laquelle il rejoint le professeur Théodore Monod à l’Institut français d’Afrique noire (IFAN) de Dakar. Il y effectue des enquêtes ethnologiques et s’y livre à un important travail de recueil des traditions orales, ce qui l’amènera notamment à rédiger son premier livre, un ouvrage historique intitulé L’Empire peul du Macina (1955).
En 1960, à l’indépendance du Mali, Amadou Hampâté Bâ fonde l’Institut des sciences humaines de Bamako et représente son pays à la conférence générale de l’Unesco. L’année suivante, il devient membre du conseil exécutif de l’organisation internationale, au sein de laquelle il participera à l’élaboration d’un système unifié pour la transcription des langues africaines.
Son mandat à l’Unesco prenant fin en 1970, Amadou Hampâté Bâ se consacre davantage à la littérature et, en 1973, L’Etrange Destin de Wangrin lui vaut le grand prix littéraire d’Afrique noire. Retiré à Abidjan, l’ethnologue et écrivain, à qui l’on doit la célèbre phrase « En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle », se consacre au classement des archives accumulées durant sa vie sur les traditions orales d’Afrique de l’Ouest ainsi qu’à la rédaction des ses mémoires, qui seront publiées après sa mort, le 15 mai 1991.
A lire : L’Empire peul du Macina, Nouvelles éditions africaines, 1955 Vie et enseignement de Tierno Bokar, Présence africaine, 1957 Kaïdara, récit initiatique peul, Julliard/Unesco, 1968 L’Etrange Destin de Wangrin, Union générale d’éditions, 1973 L’Eclat de la grande étoile, Armand Colin, 1974 Jésus vu par un musulman, Nouvelles éditions africaines, 1976 Amkoullel, l’enfant peul, Actes Sud, 1991 Oui mon commandant !, Actes Sud, 1994 Petit Bodiel et autres contes de la savane, Stock, 1994 Il n’y a pas de petite querelle : nouveaux contes de la savane, Stock, 1999
Je n’ai encore rien lu de Mamadou Mahmoud N’Dongo, mais ça ne devrait pas tarder. L’écrivain – français d’origine sénégalaise –, qui était samedi l’invité du musée Dapper, dans le cadre d’un week-end consacré à « Des hommes dans la ville », a déjà derrière lui quatre romans : L’Histoire du fauteuil qui s’amouracha d’une âme (L’Harmattan, 1997), L’Errance de Sidiki Bâ (L’Harmattan, 1999), Bridge Road (Le Serpent à plumes, 2006) et El Hadj (Le Serpent à plumes, 2008). Il est également cinéaste et photographe.
Né en 1970 à Pikine, au Sénégal, Mamadou Mahmoud N’Dongo a grandi à Drancy, en Seine-Saint-Denis. C’est de ce vécu que s’inspire son dernier roman, El Hadj, qui met en scène un homme qui tente de s’extraire de la cité, de se détacher des liens qu’elle tisse autour de ses habitants. L’auteur lui-même, s’il vit toujours à Drancy, s’est construit sa propre destinée en s’inscrivant, à l’âge de 20 ans, à des cours d’histoire de l’art et de cinéma, fuyant le déterminisme social qui voulait que l’éducation nationale l’oriente vers des filières techniques. C’est aussi la construction d’une bibliothèque en bas de chez lui, quand il avait 11 ans, qui l’a poussé à se construire un univers parallèle à la culture de cité.
El Hadj est écrit de manière très fragmentée, très cinématographique, de façon à « évoquer des choses en très peu de mots », dixit l’auteur. Le rappeur Rocé, qui a lu des extraits du roman au cours cette rencontre-débat du musée Dapper, ne dirait probablement pas autre chose de ses textes, dont il a livré une version a capella pour deux d’entre eux – dont « On s’habitue », dont je vous propose de visionner le clip plus bas.
Mais avant cela, la parole est à Mamadou Mahmoud N’Dongo, un « homme dans la ville » :
« CHEZ NOUS, CHEZ EUX » La cité que décrit Mamadou Mahmoud N’Dongo est un monde a part, coupé du reste d’une société discriminante. Un milieu insulaire séparé du reste du monde physiquement et symboliquement – par un océan de codes et de références…
Mamadou Mahmoud N’Dongo : « La cité, c’est un no man’s land dont on ne sort pas. Aux Etats-Unis, les ghettos sont au centre-ville ; en France, on met en périphérie les gens dont on ne veut pas. Il y a un fort taux d’illettrisme, d’alcoolisme, de violence. Et on n’en sort pas. Il y a chez nous et chez eux. Aller à Paris, c’est l’expédition ; moi-même j’ai mis des années avant d’y aller. « On crée nos propres règles. L’éducation nationale n’a pas droit de cité dans ce monde où l’on crée nos propres références, Mesrine et Scarface, et notre propre hiérarchie : quelqu’un de respectable, c’est quelqu’un qui va se faire en un jour, par quelque moyen que ce soit, ce qu’un smicard se fait en un mois. « Mais il y a une autre partie de la cité qui veut intégrer la société française, laquelle est très discriminante. Malgré la devise « Liberté, égalité, fraternité », dans le réel, c’est à vous d’y aller. Dans cette perspective, l’élection d’Obama a fait beaucoup de bien en France, peut-être plus qu’aux Etats-Unis : son exemple montre que les références qu’on se donne, ce ne sont pas les bonnes. »
« LA FATALITE DE L’HERITAGE » De la difficulté de concilier la culture d’origine et la culture de la cité, les liens d’appartenance communautaire et les échappées vers le reste de la société…
Mamadou Mahmoud N’Dongo : « Dans mon roman, rien que le prénom du héros, El Hadj, « le pèlerin », et son nom, Keita, c’est une fatalité, un héritage. El Hadj vient d’une grande famille africaine, les Keita – car en Afrique aussi il y a eu des empires, des systèmes de castes. C’est pour fuir cette fatalité que dans les cités, ils ont souvent des pseudos : pour se créer leur propre culture et, encore une fois, leurs propres références. « Dans ma culture sénégalaise, je n’existe pas dans mon individualité, mais seulement dans un clan, une famille. Les Africains ont ramené ça dans la cité, où tout est affaire de liens de subordination et d’interdépendance. Si tu pars, tu risques de mettre en branle tout l’équilibre du clan. La communauté a été créée pour te retenir. « Mon héros a les ressources intellectuelles pour observer ce phénomène et prendre de la distance. Il veut aller vers autre chose. Les autres se demandent pourquoi il les quitte. Eux sont très bien dans cette communauté. »
« LES VILLES, LIEUX DE MEMOIRE » Mamadou Mahmoud N’Dongo a grandi à Drancy mais, dans le cadre d’une bourse Stendhal, il a aussi vécu à New York et, depuis un mois, il séjourne à Berlin. Pour l’écrivain, les villes portent les mémoires de ce qu’on a voulu en faire et de ce que les habitants y laissent.
Mamadou Mahmoud N’Dongo : « Les villes sont des lieux de passage mais aussi de fixation. Il y a ce qu’on veut en faire, mais il y a aussi les gens qui y vivent et qui vont laisser leur mémoire. « Drancy, pendant l’Occupation, c’était un camp de transit, point de départ vers les camps d’extermination. Quand j’étais petit, en allant jouer au football, je voyais un wagon, et des vieux, avec de drôles de tatouages sur les avant-bras, qui venaient le voir… Il y a un atavisme : avant d’être une banlieue, Drancy était déjà un lieu de relégation. Savoir cela, ça vous pose, et ça vous fait aussi vous poser certaines questions : Quelle est la place de l’Autre ? Comment exclut-on l’Autre ? « A New York, il y a une différence entre Manhattan, cosmopolite quartier d’affaires, et Brooklyn, où l’on trouve tout ce dont l’Amérique, les Américains, ne veulent pas : les Noirs, les Asiatiques, les homosexuels… Tandis qu’à Harlem, quartier noir autrefois réputé mal famé, il n’y a plus que des bobos, car l’ancien maire Rudolf Giuliani a voulu sécuriser et nettoyer la ville. Reste qu’à New York, marquée par le protestantisme pour lequel la richesse est le signe qu’on est élu de Dieu, avant d’être blanc ou noir, vous êtes d’abord et surtout riche ou pauvre… »
El Hadj de Mamadou Mahmoud N’Dongo, Le Serpent à plumes, 2008 293 p., 18 euros
Et comme promis, le clip de « On s’habitue », du rappeur Rocé, également invité à cette rencontre-débat du musée Dapper :
La romancière camerounaise Léonora Miano a des choses à dire. Elle l’a montré samedi au cours d’une rencontre-débat au musée Dapper, où il était principalement question de son « nouveau » roman (ne dites pas « dernier », elle n’aime pas ça…), Les Aubes écarlates (Plon, 2009), qui aborde la question difficile de la traite négrière. L’auteure y a répondu pendant plus d’une heure, avec sérieux, franc-parler et un soupçon d’espièglerie, aux questions de l’animatrice du débat (Nathalie Carré) et à celles des nombreux spectateurs – dont quelques fans – présents dans l’auditorium. J’ai retranscrit certaines de ses réponses (ci-dessous).
Des choses à dire, donc, mais Léonora Miano le fait évidemment avant tout par écrit. Chacun de ses livres sonde l’identité de l’Afrique et les rapports, souvent complexes, que ses rejetons entretiennent avec le continent. L’Intérieur de la nuit (2005) dénonçait la barbarie qu’entraînent les guerres civiles ; Contours du jour qui vient (2006) évoquait l’impasse de l’avenir pour les jeunes générations en Afrique ; Tels des astres éteints (2008) déplaçait le regard sur la quête identitaire qui est celle de la diaspora afro-caribéenne en Europe.
Encore une fois, avec Les Aubes écarlates, Léonora Miano livre une œuvre métaphorique, crée des personnages et une histoire au service d’une quête spirituelle pleine de profondeur et de sensibilité et, si l’on en croit les réactions de l’auditoire du musée Dapper, aux vertus thérapeutiques : il s’agit de réconcilier l’Afrique avec elle-même.
« QUAND ON PARLE DE L'AFRIQUE... » Où il est question du regard de l’autre, en particulier de l’Occident, sur un continent qui n’a pas encore cicatrisé des marques physiques et symboliques laissées par le colonialisme… Léonora Miano : « Quand on parle des conflits africains, on parle souvent de guerres fratricides. Mais il n’y a pas de guerre fratricide en Afrique plus qu’ailleurs. Toutes les guerres sont fratricides au sein d’une même humanité. Quand on parle de l’Afrique subsaharienne, on parle d’espaces qui ont été créés par d’autres, de frontières qui ont été créées par d’autres, de noms de pays qui ont été créés par d’autres. « Par exemple, les différentes populations du Cameroun n’ont pas choisi d’avoir une destinée commune. Cette Afrique n’a que 50 ans d’âge. On ne va pas réussir en quelques décennies ce qui a pris des siècles pour l’Europe. En France, ça n’a pas été si évident, pour qu’aujourd’hui Bretons et Basques aient le sentiment d’appartenir à un même espace. Il faut du temps et on ne nous en laisse pas beaucoup. Nous devons apprendre à habiter ces espaces. Nous allons nous approprier ces espaces. »
« LA VOIX DES DISPARUS » Dans Les Aubes écarlates, des passages donnent à entendre la voix de présences mystérieuses surgies du passé…
Léonora Miano : « Mon livre ne parle pas d’esclavage, mais de traite, laquelle fait à la fois partie de la mémoire afro-descendante et de la mémoire africaine. Ce qu’on y entend, c’est la voix de toutes les personnes qui ont péri pendant la traite négrière et n’ont pas de sépulture symbolique sur leur terre, pas de trace dans leur communauté. « En Afrique, nous croyons aux esprits ; ici ce sont les esprits des disparus de la traite négrière. Il fallait leur donner une façon de parler qui ne soit pas la nôtre ; je les ai fait parler de manière poétique, grandiloquente, voire lyrique. « Le lecteur entend ces voix mais pas les protagonistes du roman, qui vivent dans l’oubli du passé. J’ai donc introduit un personnage, apparu déjà à la fin de L’Intérieur de la nuit, qui sert de médiateur entre le monde des vivants et le monde des morts. »
« JE SOUFFRE DE CE SILENCE » Quel discours sur la traite négrière en Afrique ?
Léonora Miano : « Ce roman est peut-être une première stèle, un premier mausolée pour les victimes de la traite. Ce retour aux sources et à soi n’est pas une sacralisation de la douleur, la traite n’est pas l’alpha et l’oméga de nos vies. Mais quelque chose en nous a sombré avec ces disparus. Je souffre de ce silence et j’aimerais qu’il soit levé. Il y a un discours sur la traite en Europe, il n’est pas possible qu’il n’y en ait pas en Afrique : c’est du domaine de l’incongruité. »
Les Aubes écarlates de Léonora Miano Plon, 2009 274 p., 18,90 euros
Pour finir, il me faut dire quelques mots sur le prochain roman de Léonora Miano, qui y songe déjà sérieusement, en tout cas assez pour livrer quelques indices à ce sujet. On sait que la musique a une grande place dans son œuvre, autant dans la structuration des romans que dans leur inspiration. En l’occurrence, l’auteure a confié être « partie de la chanson Four Women de Nina Simone », pour un roman qui mettra en scène quatre femmes faisant partie, à des degrés divers, de l’existence d’un même homme : « Ce sera quelque chose de plus intime, de plus charnel. » A suivre…
Chimamanda Ngozi Adichie est née en 1977 à Enugu, au Nigeria, mais elle a grandi dans la ville universitaire de Nsukka, au sein d’une famille de six enfants. Son père travaillait comme professeur de statistiques et sa mère comme responsable des inscriptions à l’université.
Après ses études secondaires, elle entreprend des études de médecine et de pharmacie avant de s’envoler aux Etats-Unis, à l’âge de 19 ans, grâce à une bourse qui lui permet de s’inscrire en communication à Philadelphie, puis en sciences politiques dans le Connecticut, où elle obtient son diplôme avec la mention Très bien. Elle poursuit ses études avec un master en techniques de l’écriture à Baltimore, avant de s’inscrire dans le département d’études africaines de l’université de Yale.
Parallèlement à ses études, Chimamanda Ngozi Adichie publie plusieurs nouvelles très remarquées dans des revues littéraires et commence la rédaction de son premier roman, L’Hibiscus pourpre. Publié en 2003, il est proclamé meilleur premier livre par le Commonwealth Writer’s Prize. Son second roman, L’Autre Moitié du soleil (2006), dont l’histoire se déroule pendant la guerre du Biafra, obtient le prix Orange 2007, l’un des plus prestigieux prix littéraires britanniques. Un recueil de nouvelles intitulé The Thing Around Your Neck est paru en 2009. On espère une très prochaine traduction en français.
Aujourd’hui, Chimamanda Ngozi Adichie vit entre le Nigeria et les Etats-Unis.
A lire (éditions françaises) : L’Hibiscus pourpre, éditions Anne Carrière, 2004 L’Autre Moitié du soleil, Gallimard, 2008
Ce week-end, Le Monde des livres, le supplément littéraire du quotidien Le Monde, organisait des rencontres-débats avec des auteurs phares de la rentrée littéraire.
Samedi à 10 heures, ce sont les écrivains haïtiens Lyonel Trouillot (Yanvalou pour Charlie, Actes Sud) et Dany Laferrière (L’Enigme du retour, Grasset), accompagnés de Patrick Besson (Mais le fleuve tuera l’homme blanc, Fayard), qui ont ouvert le bal dans l’auditorium du 80 boulevard Auguste-Blanqui. Interrogés par Robert Solé, le directeur du Monde des livres, ils ont échangé sur le thème « Chez soi, chez les autres : la littérature incarnée ».
Je m’étais invité dans le public. Et, revenu chez moi avec un carnet de notes bien rempli, j’ai essayé de dégager les grandes lignes de ce qui s’était dit. Voici donc, rassemblées par thèmes, quelques bribes de paroles de deux grands écrivains haïtiens.
« NOUS SOMMES TOUS DES EXILES » L’Enigme du retour et Yanvalou pour Charlie se situent tous deux en Haïti. Mais leurs auteurs ne posent pas forcément le même regard sur l’île, puisque l’un – Dany Laferrière – est exilé à Montréal depuis 1976, tandis que l’autre – Lyonel Trouillot – y réside.
Lyonel Trouillot : « Il est difficile de présenter un pays en quelques mots. Aujourd’hui en Haïti il y a un Parlement, un président élu. Mais la révolution a été volée aux fils des anciens esclaves par une élite corrompue, et il reste des inégalités criantes. Mais en même temps, il y a une plus grande liberté d’expression. Avant, au sein de la littérature haïtienne, tout le monde voulait parler à l’unisson. Aujourd’hui on a plus de choix, plus d’individualités qui s’affirment. »
Dany Laferrière : « Je ne connais pas d’écrivain qui ne soit pas de l’exil et de la mémoire. C’est beaucoup donner aux écrivains du Tiers-Monde que de leur attribuer cette identité : un cadeau empoisonné qui nous ramène toujours à notre origine. Nous sommes tous exilés non d’un endroit, mais d’un temps donné. Dans mon cas précis, je suis complètement exilé de mon enfance : une enfance totalement organisée, avec un bonheur que tout le monde m’envie ; mon père ayant été exilé, il a fallu me cacher, donc on m’a envoyé chez ma grand-mère qui a tout fait pour me dissimuler cette violence. J’étais hors du temps, hors d’Haïti. »
Lyonel Trouillot : « C'est la situation dans laquelle est plongée le pays qui est violente, pas le pays en lui-même. Si on ne comprend pas ça à la lecture de mes livres, c’est peut-être que je suis un mauvais écrivain… Je ne banalise pas la violence, mais ce n’est pas un pays où il coule plus de sang qu’ailleurs : il y a par exemple moins de violence criminelle en Haïti qu’en République dominicaine, où de nombreux Français partent en vacances… »
« VOLEURS D’IMAGINAIRE » Le vécu, l’expérience de Haïti qu’a chacun des deux écrivains étant différents, la façon de procéder dans l’écriture aussi. Mais tout est affaire de distance, et d’un bon dosage entre le réel et l’imaginaire…
Dany Laferrière : « Je suis une caméra qui filme. Lors de mon séjour en Haïti, j’avais avec moi un carnet de notes, comme toujours : c’est lui l’auteur de ce livre. Je suis exilé, je ne peux pas rattraper le temps perdu, le temps que Lyonel passe en Haïti. Je vais donc mitrailler et, rentré à Montréal, je vais regarder mes notes pour voir s’il y a un enchaînement d’événements qui mènent à l’origine d’une histoire. »
Lyonel Trouillot : « En Haïti, le pays des riches vit dans l’indifférence méprisante et inacceptable du pays des pauvres. Dans mon livre, toutes les situations et les phrases du monde des riches sont des choses que j’ai pu observer ou entendre. En ce qui concerne le monde des pauvres, je me suis au contraire servi de mon imagination pour donner une voix à ceux que l’on n’entend pas, ceux qui ne parlent pas. »
Dany Laferrière : « Dans mes livres, c’est quand l’histoire paraît le plus plausible qu’elle s’écarte le plus de la réalité que j’ai vécue. Mais la réalité imaginaire est aussi vraie, tissée de mon quotidien, que ma vraie vie. C’est mon imaginaire qui me fait me lever chaque jour. Je rêve avec mon imaginaire et celui de mes amis, je suis un voleur d’imaginaire : quand on me raconte une histoire, je la fais mienne. Le roman est un lieu idéal pour les audaces. »
« NOUS NE SOMMES PAS PRISONNIERS DU ROMAN » Sur la forme, les livres de Laferrière et de Trouillot sont très particuliers. L’Enigme du retour contient ainsi de nombreux passages en vers libres, tandis que Yanvalou pour Charlie ne connaît pas le retour à la ligne, chaque chapitre étant un seul paragraphe, un long « tunnel »…
Lyonel Trouillot : « Haïti, c’est le règne du poète. Et le livre de Dany, L’Enigme du retour, c’est le retour de la tradition poétique haïtienne. Nous sommes des lecteurs de l’universel, nous ne sommes pas prisonniers du roman. Il y a une dictature du roman dans la littérature occidentale et sur ce point, nous effectuons un petit travail de subversion. Dans mon livre, la question du rythme est fondamentale. Je donne la voix à des personnages qui ont leur propre rythme, je m’arrête au moment où celui qui parle s’essouffle, la question du chapitre ou du paragraphe ne se pose pas. »
Dany Laferrière : « Le roman a pris son essor et sa force à cause du tirage et du lectorat. Mais un recueil de poèmes peut être lu par 30 personnes seulement ! Le poète ne pense pas du tout au tirage. La poésie est une sorte d’hygiène de l’âme. Le poète n’a pas besoin d’être lu mais d’être considéré comme un poète. Avec les « tunnels » de Lyonel, on rentre dans la tête d’un personnage, puis d’un autre. L’idée du lectorat n’existe pas, on a donc une totale liberté d’écriture. »
« CE NE SONT PAS LES MOTS QUI FONT UNE LANGUE » Français ou créole ? Pour les deux écrivains, le choix de la langue est moins dicté par la recherche de lecteurs que par la nature du texte…
Lyonel Trouillot : « Nous ne sommes pas en quête de lectorat. Dany écrit en français, mais l’écrivain haïtien a la liberté d’écrire en français comme en créole ! Pas besoin de mettre une sauce piquante ! Ce sont les textes qui commandent la langue dans laquelle ils sont écrits. »
Dany Laferrière : Pour mon livre Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer[1985], j’ai dit : « Pour la traduction en anglais, ça va être facile : c’est un roman américain, seuls les mots sont en français. » Ce ne sont pas les mots qui font une langue. J’écris en français dans toutes les langues : en anglais, en créole, en français, et même en japonais ! » [Dany Laferrière a écrit un livre intitulé Je suis un écrivain japonais, paru en 2008.]
Williams Sassine est né en 1944 à Kankan, en Guinée-Conakry, d’un père libanais et d’une mère guinéenne. Cet ingénieur en écologie tropicale et docteur en mathématiques a vécu en exil, notamment en Mauritanie, de 1963 à 1984, fuyant la dictature d’Ahmed Sékou Touré. Il travaille comme professeur de mathématiques, tout en écrivant des romans, dont le premier, Saint Monsieur Baly, paraît en 1973.
A la mort de Sékou Touré, en 1984, Williams Sassine rentre en Guinée et collabore à plusieurs périodiques : Le Lynx, hebdomadaire satirique, La Guinée-Djama, bimensuel d’information, L’Educateur, trimestriel pédagogique.
Métis, il a rapidement pris conscience de son altérité au sein de la société africaine, si bien que la notion de marginalité colle à l’œuvre de Williams Sassine. En mettant au premier plan exclus et marginaux, il dresse un bilan très pessimiste d'une « Afrique en morceaux ». Le ton tragique des premiers romans fait place, après son retour en Guinée, à une veine plus satirique et burlesque.
Williams Sassine a été fait chevalier des Arts et des Lettres en 1983 et officier des Arts et des Lettres en 1993. Il est mort en 1997 à Conakry.
A lire : Saint Monsieur Baly, Présence africaine, 1973 Wirriyamu, Présence africaine, 1976 Le Jeune Homme de sable, Présence africaine, 1979 L’Alphabète, Présence africaine, 1982 (contes) Le zéhéros n’est pas n’importe qui, Présence africaine, 1985 L’Afrique en morceaux, Le Bruit des autres, 1994 (nouvelles) Légende d’une vérité, Le Bruit des autres, 1995 (théâtre) Mémoire d’une peau, Présence africaine, 1998
Gilbert Gatore est né en 1981 à Ruhengeri, au Rwanda. Dès l’âge de 8 ans, au gré des mouvements de la guerre civile qui pousse sa famille à déménager à plusieurs reprises, il tient un journal intime qui rend compte de ce vécu tourmenté. En 1994, avec sa famille, il quitte son pays ravagé par le génocide et se réfugie au Zaïre (actuelle République démocratique du Congo). C’est le début d’un périple de plusieurs années, qui se terminera par la confiscation des carnets du jeune Gilbert par des douaniers zaïrois zélés.
En 1997, Gilbert Gatore s’installe en France. Longtemps, il tentera de reconstituer le texte disparu, puis y renoncera, et passera à autre chose : études à Sciences Po Lille, puis à HEC. Entre-temps naît sa vocation d’écrivain : il s’attelle à un premier roman, Le Passé devant soi, qui paraît en 2008 et obtient le Prix Ouest-France Etonnants Voyageurs. C’est le premier tome d’une trilogie intitulée Figures de la vie impossible.
En parallèle de son activité d’écrivain, Gilbert Gatore est entré, après ses études, dans une grande agence française de publicité pour y occuper un poste de commercial.
Moussa Konaté est né en 1951 à Kita, au Mali. Diplômé en lettres de l’Ecole normale supérieure de Bamako, il a enseigné plusieurs années le français, au lycée, avant de se consacrer à l’écriture. Après avoir quitté la fonction publique malienne, il publie en 1981 son premier roman, Le Prix de l’âme ; petit à petit se met alors en place un embryon d’œuvre comprenant des romans, des nouvelles (Le Casier judiciaire), des pièces de théâtre, (Un appel de nuit), des essais (Mali : ils ont assassiné l’espoir), des contes (Sitan, la petite imprudente)…
En 1997, Moussa Konaté devient le premier écrivain éditeur du Mali en créant les éditions Le Figuier, qui œuvrent à la diffusion du savoir au sein du monde rural à travers des publications en langues nationales du Mali. Influent ambassadeur de la littérature de son pays, il est codirecteur du festival Etonnants Voyageurs de Bamako.
Touche-à-tout au style simple mais précis, Moussa Konaté s’est tourné vers le polar dans ses derniers romans : L’Assassin du Banconi suivi de L’Honneur des Keita (2002), L’Empreinte du renard (2006) et La Malédiction du Lamantin (2009) s’attachent à suivre le duo d’enquêteurs formé par le commissaire Habib et l’inspecteur Sosso, à la découverte des cultures maliennes.
Moussa Konaté partage aujourd’hui son temps entre Bamako et Limoges, où il a créé en 2006 la maison d’édition Hivernage.
A lire : Le Prix de l’âme, Présence africaine, 1981 Une aube incertaine, Présence africaine, 1985 Fils du chaos, L’Harmattan, 1986 Chronique d’une journée de répression, L’Harmattan, 1988 Les Saisons, Samana, 1990 Goorgi, Le Figuier, 1998 L’Assassin du Banconi suivi de L’Honneur des Keita, Gallimard, 2002 L’Empreinte du renard, Fayard Noir, 2006
Sembène Ousmane est né en 1923 à Ziguinchor, au Sénégal (Casamance), et mort en 2007 à Dakar. Autodidacte, il n’a connu dans sa jeunesse que l’école coranique et l’école française, avant d’être mobilisé comme tirailleur sénégalais par l’armée française pendant la Seconde Guerre mondiale.
Après un bref retour au Sénégal, il embarque clandestinement pour la France, où il enchaîne les petits boulots : mécano, maçon, ouvrier… Il travaille notamment au port de Marseille comme docker, pendant dix ans. Sa condition de travailleur le mène alors au syndicalisme et à l’engagement politique : il adhère à la CGT et au Parti communiste. Ce militantisme imprègnera l’ensemble de son œuvre, d’écrivain comme de cinéaste.
L’écrivain. Son premier roman, Le Docker noir (1956), s’inspire de son expérience marseillaise. Plus tard, Les Bouts de bois de Dieu (1960) s’inscrivent dans la même veine, résolument engagée aux côtés des exploités. Une dizaine de romans constituent l’œuvre littéraire de Sembène Ousmane, qui tenait à les signer en inversant ses nom et prénom (Sembène Ousmane au lieu d’Ousmane Sembène), en écho à la l’appellation coloniale, et avec ce message : « Je réécrirai mon nom à l’endroit le jour où les rues de Dakar ne porteront plus de noms français. »
Le cinéaste. En 1960, le Sénégal acquiert son indépendance mais les rues ne changent pas de nom. Sembène Ousmane rentre en Afrique, voyage dans divers pays du continent – Mali, Guinée, Congo – et commence à songer au cinéma. Un an plus tard, le voici dans une école de cinéma de Moscou et, en 1962, il réalise son premier court-métrage, Borom Saret (« le charretier »). En 1966, son premier long-métrage, La Noire de… (qui est inspirée d’une nouvelle du même nom parue dans le recueil Voltaïque en 1962) fait de lui un pionnier du cinéma africain et obtient le prix Jean-Vigo. En 1968, c’est la consécration, avec Le Mandat (un autre film inspiré d’un de ses romans), couronné par le Prix de la critique internationale du Festival de Venise. En 1969, Sembène Ousmane crée le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco). En dépit de relations difficiles avec le pouvoir sénégalais incarné par le « poète-président » Léopold Sédar Senghor, le réalisateur tournera une quinzaine de films.
La critique historique, sociale et politique est au cœur de l’œuvre de Sembène Ousmane, qui recevra les insignes d’officier de la Légion d’honneur de la République française, en 2006, avant de s’éteindre à son domicile de Yoff, à Dakar, le 9 juin 2007.
A lire : Le Docker noir, Debresse, 1956 Ô Pays, mon beau peuple, Amiot-Dumont, 1957 Les Bouts de bois de Dieu, Le Livre contemporain, 1960 Voltaïque, Présence africaine, 1961 (nouvelles) L’Harmattan, Présence africaine, 1963 Le Mandat suivi deVehi Ciosane, Présence africaine, 1966 Xala, Présence africaine, 1973 Le Dernier de l’empire, L’Harmattan, 1981
Abdourahman Ali Waberi est né en 1965 à Djibouti. A 20 ans, il quitte son pays (devenu indépendant en 1977) pour poursuivre des études d’anglais en France, à Caen et à Dijon. Ecrivain et professeur d’anglais, il a consacré une thèse à l’écrivain somalien de langue anglaise Nuruddin Farah.
Son premier ouvrage, Le Pays sans ombre, est paru en 1994. Constitué de courts textes – contes, légendes, récits documentaires et extraits d’articles de journaux –, ce recueil de nouvelles fait se superposer un pays imaginaire, mythique, et un pays réel en prise directe avec l’actualité politique. Un deuxième recueil, Cahier nomade, paraît en 1996, puis Abdourahman Waberi livre son premier roman, Balbala (1997). Ces trois ouvrages forment une trilogie intitulée « Tentative de définition de Djibouti ».
Depuis, d’autres livres ont suivi, Abdourahman Waberi alternant recueils de nouvelles et romans, ainsi qu’une œuvre-témoignage sur le génocide rwandais, Moisson de crânes (2000). Marquées par une écriture très libre et riche en métaphores, où la fable côtoie une critique politique virulente, les fictions de Waberi s’inscrivent dans la continuité d’une production poétique baignée par l’atmosphère et les paysages de la Corne de l’Afrique.
A lire : Le Pays sans ombre, Le Serpent à plumes, 1994 Cahier nomade, Le Serpent à plumes, 1996 Balbala, Le Serpent à plumes, 1998 Moisson de crânes, Le Serpent à plumes, 2000 Rifts, routes, rails, Gallimard, 2001 Transit, Gallimard, 2003 Aux Etats-Unis d’Afrique, Lattès, 2006
Biyi Bandele est né en 1967 à Kafanchan, au centre du Nigeria. A 18 ans, il quitte sa ville natale pour la capitale économique, Lagos, et étudie le théâtre à l’université d’Obafemi Awolowo. En 1990, il s’installe à Londres et entame une carrière d’écrivain. Il avait déjà commencé à écrire son premier roman à seulement 14 ans, remporté la compétition internationale étudiante de théâtre à 22 ans et le prix du British Concil Lagos pour un recueil de poèmes non publié à 23 ans. En 1991, il publie son premier roman, L’Homme qui revint du diable, paru en France en 1999. Il réside toujours en Angleterre aujourd’hui.
Célèbre pour ses nombreuses pièces de théâtre comme Two Horsemen (1994) ou Me and the Boys (1995), Biyi Bandele travaille avec de prestigieuses compagnies telles que le Royal Court Theatre ou la Royal Shakespeare Company. En 1997, il a adapté pour la scène le roman de son compatriote Chinua Achebe, Le monde s’effondre (Things Fall Apart, 1958). Il collabore également avec la télévision et la radio en tant que scénariste.
Récompensé en 2000 par l’EMMA (prix média ethnique et multiculturel) de la meilleure pièce pour Oroonoko, il est principalement connu pour ses talents de dramaturge mais pas seulement. Auteur de quatre romans outre-Manche, il s’est fait remarquer grâce à ses textes engagés, teintés de surréel et de poésie.
Je suis journaliste en presse écrite.
J'ai découvert la littérature africaine à l'occasion d'un séjour de six mois à Dakar, en 2005 : je suivais alors des cours de sciences politiques à l'université Cheikh Anta Diop en parallèle d'un stage au sein du quotidien « Wal Fadjri ».
Au fil de ce blog, je compte partager mes lectures d'Afrique et, d'un point de vue plus personnel, entretenir le lien avec le continent.