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mardi 1 décembre 2009

« Le Roi de Kahel », de Tierno Monénembo


Le prix Renaudot 2008 n’a pas été volé. Certes, je n’ai pas lu les autres romans qui avaient alors été sélectionnés, mais ce que je peux dire après avoir dévoré Le Roi de Kahel (2008), de l’écrivain guinéen Tierno Monénembo, c’est que ce livre méritait amplement un tel prix. De la première à la dernière page, j’ai été captivé.

C’est un roman d’aventures comme on n’en fait pas assez. Précisément, il s’agit des aventures romancées d’un homme bien réel, Aimé Olivier (1840-1919), vicomte de Sanderval, personnage multifacettes (ingénieur, homme politique, explorateur, écrivain) issu de la bourgeoisie industrielle lyonnaise, et qui, un beau jour de 1880, s’embarqua pour le Fouta-Djalon (dans l’actuelle Guinée-Conakry) dans l’idée de s’y tailler un royaume avec sa ruse comme seule arme.

Les obstacles sont nombreux. Il y a bien sûr les difficultés physiques inhérentes à une telle expédition : Olivier de Sanderval doit affronter la jungle, ses bêtes sauvages et ses maladies. Mais plus encore, il y a les hommes qui peuplent ou observent ce voyage. Arrivé en territoire peul, notre héros doit user de beaucoup de finesse pour faire accepter sa présence puis ses traités (portant notamment sur l’implantation de factoreries et la construction d’une ligne de chemin de fer) à l’aristocratie peule et, au plus haut niveau, à l’almâmi, chef suprême de cette fédération de royaumes qu’était le Fouta-Djalon.

Olivier de Sanderval se retrouve dans un nid de serpents : à Timbo, capitale du royaume, la cour de l’almâmi grouille d’intrigants ; les chefs peuls se révèlent à couteaux tirés dès que tombent les masques. Dans ce royaume où règnent les non-dits, la sournoiserie et l’ambiguïté, l’ambitieux explorateur va, comme un caméléon, se mettre dans la peau de ces Peuls si retors et faire sien ce double-jeu pour, d’une part, échapper à la décapitation – menace implicite que ses hôtes font peser sur lui comme une épée de Damoclès et qu’ils n’hésiteront pas à mettre en application au moindre faux pas – ou à l’empoisonnement, et, d’autre part, flouer l’administration coloniale française et doubler les velléités anglaises sur un territoire très convoité.

Entre 1880 et 1900, au cours de cinq voyages faits de victoires et de pertes – amoureuses, territoriales, juridiques –, Olivier de Sanderval, emmenant le lecteur avec lui sous la plume vivante, chantante de Tierno Monénembo, apprendra à connaître les Peuls et à gagner leur confiance.

C’est en partie un récit historique que nous livre ici l’auteur du Roi de Kahel : celui d’une région d’Afrique au temps des conquêtes coloniales et du déclin des pouvoirs traditionnels. Mais c’est surtout une formidable biographie romancée, autour d’un destin hors du commun : en ce sens, cette haletante chronique de la vie d’Olivier de Sanderval se situe à mi-chemin entre L’Etrange Destin de Wangrin (1973), d’Amadou Hampâté Bâ – pour la roublardise du personnage –, et Soundjata ou l’Epopée mandingue (1960), de D. T. Niane – pour son héroïsme. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, comme il l’indique en ouverture du roman, Tierno Monénembo doit l’idée de ce livre à son « proviseur »… un certain Djibril Tamsir Niane.

Le Roi de Kahel
de Tierno Monénembo
Seuil, 2008
262 p., 19 euros

D’autres chroniques du Roi de Kahel sur les blogs Ballades et escales en littérature africaine, Liss dans la vallée des livres, Ici palabre.

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