Blog consacré aux littératures africaine et caribéenne. En sommeil depuis octobre 2010.

dimanche 25 octobre 2009

Ananda Devi en lice pour le prix des Libraires 2010


La Fédération française des syndicats de libraires (FFSL) a dévoilé cette semaine sa première sélection pour la 56ème édition de son prix des Libraires, qui sera décerné en mars 2010.

Parmi les auteurs sélectionnés figure la romancière mauricienne Ananda Devi, avec Le Sari vert (Gallimard). Les autres livres retenus par le jury sont listés ici.

Présentation du Sari vert par l’éditeur :
Dans une maison de Curepipe, sur l'île Maurice, un vieux médecin à l'agonie est veillé par sa fille et par sa petite-fille. Entre elles et lui se tisse un dialogue d'une violence extrême, où affleurent progressivement des éléments du passé, des souvenirs, des reproches, et surtout la figure mystérieuse de la mère de Kitty, l'épouse du « Dokter-Dieu », qui a disparu dans des circonstances terribles. Elles ne le laisseront pas partir en paix.


Le Sari vert
d’Ananda Devi
Gallimard, 2009
214 p., 16,50 euros


Source : Prix-littéraires le blog

mardi 20 octobre 2009

Alain Mabanckou dans « XXI »


J’avais déjà très brièvement évoqué XXI ici et . La dernière livraison de cette excellente revue est disponible en kiosque – pardon, en librairie – depuis le 15 octobre, et je me dois d'en parler, d’une part parce que le dossier de ce numéro d’automne est intitulé « Bleu blanc noir, Quand les Africains prennent racine en France », d’autre part parce que l’écrivain congolais Alain Mabanckou y signe un sympathique texte, dans la rubrique « Vécu », relatant un épisode marquant de ses premières semaines en France, il y a dix-sept ans : « Le visage du Noir qui me courait après ».

XXI avait déjà ouvert ses pages « Vécu » – où une personnalité, le plus souvent un écrivain, narre un événement personnel ayant eu une incidence sur son œuvre ou en ayant été la conséquence – à Gilbert Gatore, à l’automne 2008, dans un numéro 4 dédié à des « destins d’Afrique ». Le romancier rwandais évoquait alors le trouble causé par la lecture d’un commentaire, sur Internet, suggérant que le père de l’auteur du Passé devant soi (Phébus, 2008) aurait fait partie des tueurs pendant le génocide de 1994.

Ici, l'anecdote racontée par Alain Mabanckou se situe en amont de ses romans « français », Bleu Blanc Rouge (Présence africaine, 1998) et Black Bazar (Seuil, 2009) : il se souvient comment, alors jeune étudiant en droit, il avait été coursé dans les couloirs du métro parisien par un contrôleur zélé. Un incident qui l’amènera au poste de police et, accessoirement, à l’envie de « dire des histoires » qui, entre autres, « évoqueraient inéluctablement l’ambiguïté du racisme entre les personnes de même couleur ».


Pour conclure sur une note plus journalistique que littéraire et vous mettre l’eau à la bouche, voici une brève présentation des articles qui constituent le dossier « Bleu blanc noir » du numéro 8 de XXI :

- « Le crayon de Dieu n’a pas de gomme. Souvenirs d’un missionnaire en brousse normande » : Jeune prêtre africain dont les ancêtres furent évangélisés par des missionnaires blancs, Borice avait des rêves plein la tête. Mais curé dans le bocage, c’est une autre histoire… Par Eric Lemasson

- « Au bonheur de la rue des Rigoles » : Il sont 1 700 petits entrepreneurs à se croiser tous les jours, ou presque, dans la même société de domiciliation, la moins chère et la plus grande de Paris. François, la patron, connaît sur le bout des doigts tout son petit monde. Par Hannelore Cayre

- « Terminus, station Collinée » : En plein cœur de la Bretagne, il est un hameau isolé où 10% de la population est d’origine malienne. Dans les années 1970, les parents sont venus nombreux travailler à l’abattoir de cochons. Leurs enfants ont grandi. Les voilà Bretons maliens. Par Zoé Lamazou

Bonne lecture !

lundi 19 octobre 2009

Rencontres littéraires au musée Dapper, à Paris


A vos agendas ! Samedi 24 octobre, le musée Dapper des arts de l’Afrique, des Caraïbes et de leurs diasporas entame une série de rencontres avec des écrivains africains et caribéens, intitulées « Paroles de… ».

Cela commence avec la romancière camerounaise Léonora Miano (photo), ce samedi, donc, à 15 heures. Des extraits de son dernier livre, Les Aubes écarlates (Plon, 2009), seront lus par la comédienne Léonie Simaga, pensionnaire de la Comédie-Française.

Le jeudi 5 novembre à 19 heures, ce sera au tour du Haïtien Lyonel Trouillot (Yanvalou pour Charlie, Actes Sud, 2009), puis, le samedi 12 décembre à 15 heures, du Djiboutien Abdourahman Waberi (Passage des larmes, JC Lattès, 2009). Pour ces deux auteurs, les lectures seront assurées par le comédien Paulin F. Fodouop.

Ces trois rencontres seront animées par Nathalie Carré.

Enfin, le mercredi 16 décembre à 19 heures, l’écrivain guadeloupéen Daniel Maximin présentera une soirée consacrée au Martiniquais Frantz Fanon (1925-1961) et à ses textes fondamentaux : Peau noire, masques blancs, Les Damnés de la Terre, Pour la révolution africaine, dont des extraits seront lus par Aliou Cissé et Paul Borne, comédiens.


Par ailleurs, des rencontres thématiques associant des écrivains africains auront également lieu très prochainement.

Ainsi, le samedi 31 octobre à 15 heures, dans le cadre d’un week-end consacré au thème « Des hommes dans la ville », le musée Dapper accueillera l’écrivain et réalisateur d’origine sénégalaise Mamadou Mahmoud N’Dongo (photo) dont le dernier roman, El Hadj (Le Serpent à plumes, 2008), nous fait arpenter les tours et détours d’une banlieue parisienne dont il est bien difficile de s’échapper. Le rappeur Rocé sera également présent lors de cette rencontre.

Pour finir, le samedi 28 novembre à 15 heures, dans le cadre d’un week-end dédié à l’univers de la Sape (Société des ambianceurs et des personnes élégantes), c’est bien sûr l’écrivain congolais Alain Mabanckou (Black Bazar, Seuil, 2009) qui est invité à s’entretenir avec Djo Balard, l’une des figures emblématiques de ce courant.

Plus de détails sur les week-ends thématiques du musée Dapper ici.

Et pour tous ces rendez-vous, l’entrée est libre mais la réservation conseillée !

Musée Dapper
35, rue Paul-Valéry – Paris-16ème
Tél. : 01 45 00 91 75


jeudi 15 octobre 2009

Léonora Miano : « Je voulais écrire une immense saga »


A l’occasion de la rentrée littéraire, Léonora Miano a parlé à TéléTOC de son enfance et de son dernier roman, Les Aubes écarlates, ultime volet venant clore une trilogie commencée avec L'Intérieur de la nuit (2005) et Contours du jours qui vient (2006). Un reportage de Caroline Talent et de Florent Rodo.


leonora miano
envoyé par teleTOC. - Regardez plus de courts métrages.

jeudi 8 octobre 2009

Chimamanda Ngozi Adichie


Chimamanda Ngozi Adichie est née en 1977 à Enugu, au Nigeria, mais elle a grandi dans la ville universitaire de Nsukka, au sein d’une famille de six enfants. Son père travaillait comme professeur de statistiques et sa mère comme responsable des inscriptions à l’université.

Après ses études secondaires, elle entreprend des études de médecine et de pharmacie avant de s’envoler aux Etats-Unis, à l’âge de 19 ans, grâce à une bourse qui lui permet de s’inscrire en communication à Philadelphie, puis en sciences politiques dans le Connecticut, où elle obtient son diplôme avec la mention Très bien. Elle poursuit ses études avec un master en techniques de l’écriture à Baltimore, avant de s’inscrire dans le département d’études africaines de l’université de Yale.

Parallèlement à ses études, Chimamanda Ngozi Adichie publie plusieurs nouvelles très remarquées dans des revues littéraires et commence la rédaction de son premier roman, L’Hibiscus pourpre. Publié en 2003, il est proclamé meilleur premier livre par le Commonwealth Writer’s Prize. Son second roman, L’Autre Moitié du soleil (2006), dont l’histoire se déroule pendant la guerre du Biafra, obtient le prix Orange 2007, l’un des plus prestigieux prix littéraires britanniques. Un recueil de nouvelles intitulé The Thing Around Your Neck est paru en 2009. On espère une très prochaine traduction en français.

Aujourd’hui, Chimamanda Ngozi Adichie vit entre le Nigeria et les Etats-Unis.

A lire (éditions françaises) :
L’Hibiscus pourpre, éditions Anne Carrière, 2004
L’Autre Moitié du soleil, Gallimard, 2008


Sources : AfricanSuccess, Fluctuat

lundi 5 octobre 2009

Sélection des prix France Télévisions et RFI Témoin du monde


Les médias aussi ont leurs prix littéraires.
La semaine dernière, les jurys de France Télévisions et de RFI ont dévoilé la liste des romans sélectionnés.

Pour le prix France Télévisions, il me faut citer Dany Laferrière (Haïti), avec L’Enigme du retour (Grasset), et Marie Ndiaye (France), avec Trois femmes puissantes (Gallimard). Le prix sera remis le 19 novembre.

Pour le prix RFI Témoin du monde, Omri Teg’Amlak Avera (Ethiopie), avec Asteraï (Actes Sud) et Lyonel Trouillot (Haïti), avec Yanvalou pour Charlie (Actes Sud). Le prix sera remis le 18 novembre.


Actualisation de 19 novembre 2009 : Finalement, le prix RFI Témoin du monde a été attribué à l'écrivain anglais Rory Stewart pour son essai En Afghanistan (Albin Michel, 2009) ; le prix France Télévisions a été attribué à Véronique Ovaldé pour Ce que je sais de Vera Candida (L'Olivier, 2009).


L’Enigme du retour
de Dany Laferrière
Grasset, 2009
300 p., 18 euros


Présentation de l’éditeur :
On retrouve dans ce livre le personnage de l'écrivain qui ne fait apparemment rien que prendre des bains dans son appartement à Montréal. Un matin, on lui téléphone : son père vient de mourir. Son père qui avait été exilé d'Haïti par le dictateur Papa Doc, comme le narrateur, des années plus tard, l'avait été par son fils, le non moins dictatorial Bébé Doc. C'est l'occasion pour lui d'un voyage initiatique à rebours. Il part d'abord vers le Nord, comme s'il voulait paradoxalement fuir son passé, puis gagne Haïti pour les funérailles de son père. Accompagné d'un neveu, il parcourt son île natale dans un périple doux et grave, rêveur et plein de charme, qui le mène sur les traces de son passé, de ses origines. Mais revient-on jamais chez soi ?


Trois femmes puissantes
de Marie Ndiaye
Gallimard, 2009
316 p., 19 euros


Présentation de l’éditeur :
Trois récits, trois femmes qui disent non. Elles s’appellent Norah, Fanta, Khady Demba. Chacune se bat pour préserver sa dignité contre les humiliations que la vie lui inflige avec une obstination méthodique et incompréhensible.





Asteraï
d’Omri Teg’Amlak Avera
traduit de l’hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech
Actes Sud, 2009
280 p., 22 euros


Présentation de l’éditeur :
Petgu, enfant des montagnes du Gondar, vit dans son village natal en harmonie avec la nature, ses chèvres et les siens, les Beita Israël, tribu juive perdue d'Ethiopie, descendante de la reine de Saba. Nourri des récits initiatiques de sa grand-mère, le petit berger apprend à apprivoiser les démons, à pénétrer le monde caché, et se découvre une relation intime unique avec Asteraï, l'oiseau magique qui protège et guide sa communauté. Un lien précieux qui s'avère vital quand la tribu décide de se mettre en route à travers le désert pour « rentrer » à Jérusalem, terre promise et espérée depuis des millénaires. Car, des camps de réfugiés du Soudan à l'arrivée en Israël, commence alors une épopée brutale qui va broyer la sérénité et la candeur de Petgu. Pour survivre, il lui faudra puiser force et foi dans sa culture ancestrale.


Yanvalou pour Charlie
de Lyonel Trouillot
Actes Sud, 2009
176 p., 18 euros


Présentation de l’éditeur :
Au prix du cynisme, Mathurin D. Saint-Fort a cru pouvoir effacer de sa mémoire les souffrances d'un passé qu'il s'emploie à renier pour se placer toujours davantage du bon côté de l'existence. Jusqu'au jour où fait irruption dans la vie de l'avocat ambitieux qu'il est devenu, un adolescent loqueteux. Charlie, en absolue détresse, vient lui demander de l'aide au nom des attachements de jadis.




Dany Laferrière
est également sélectionné pour le Femina et le Médicis, Marie Ndiaye pour le Goncourt, et Lyonel Trouillot pour le Wepler-Fondation La Poste.

Lire la liste des sélections des prix France Télévisions et RFI Témoin du monde.

dimanche 4 octobre 2009

Paroles d’écrivains haïtiens


Ce week-end, Le Monde des livres, le supplément littéraire du quotidien Le Monde, organisait des rencontres-débats avec des auteurs phares de la rentrée littéraire.

Samedi à 10 heures, ce sont les écrivains haïtiens Lyonel Trouillot (Yanvalou pour Charlie, Actes Sud) et Dany Laferrière (L’Enigme du retour, Grasset), accompagnés de Patrick Besson (Mais le fleuve tuera l’homme blanc, Fayard), qui ont ouvert le bal dans l’auditorium du 80 boulevard Auguste-Blanqui. Interrogés par Robert Solé, le directeur du Monde des livres, ils ont échangé sur le thème « Chez soi, chez les autres : la littérature incarnée ».

Je m’étais invité dans le public. Et, revenu chez moi avec un carnet de notes bien rempli, j’ai essayé de dégager les grandes lignes de ce qui s’était dit. Voici donc, rassemblées par thèmes, quelques bribes de paroles de deux grands écrivains haïtiens.


« NOUS SOMMES TOUS DES EXILES »
L’Enigme du retour et Yanvalou pour Charlie se situent tous deux en Haïti. Mais leurs auteurs ne posent pas forcément le même regard sur l’île, puisque l’un – Dany Laferrière – est exilé à Montréal depuis 1976, tandis que l’autre – Lyonel Trouillot – y réside.

Lyonel Trouillot : « Il est difficile de présenter un pays en quelques mots. Aujourd’hui en Haïti il y a un Parlement, un président élu. Mais la révolution a été volée aux fils des anciens esclaves par une élite corrompue, et il reste des inégalités criantes. Mais en même temps, il y a une plus grande liberté d’expression. Avant, au sein de la littérature haïtienne, tout le monde voulait parler à l’unisson. Aujourd’hui on a plus de choix, plus d’individualités qui s’affirment. »

Dany Laferrière : « Je ne connais pas d’écrivain qui ne soit pas de l’exil et de la mémoire. C’est beaucoup donner aux écrivains du Tiers-Monde que de leur attribuer cette identité : un cadeau empoisonné qui nous ramène toujours à notre origine. Nous sommes tous exilés non d’un endroit, mais d’un temps donné. Dans mon cas précis, je suis complètement exilé de mon enfance : une enfance totalement organisée, avec un bonheur que tout le monde m’envie ; mon père ayant été exilé, il a fallu me cacher, donc on m’a envoyé chez ma grand-mère qui a tout fait pour me dissimuler cette violence. J’étais hors du temps, hors d’Haïti. »

Lyonel Trouillot : « C'est la situation dans laquelle est plongée le pays qui est violente, pas le pays en lui-même. Si on ne comprend pas ça à la lecture de mes livres, c’est peut-être que je suis un mauvais écrivain… Je ne banalise pas la violence, mais ce n’est pas un pays où il coule plus de sang qu’ailleurs : il y a par exemple moins de violence criminelle en Haïti qu’en République dominicaine, où de nombreux Français partent en vacances… »


« VOLEURS D’IMAGINAIRE »
Le vécu, l’expérience de Haïti qu’a chacun des deux écrivains étant différents, la façon de procéder dans l’écriture aussi. Mais tout est affaire de distance, et d’un bon dosage entre le réel et l’imaginaire…

Dany Laferrière : « Je suis une caméra qui filme. Lors de mon séjour en Haïti, j’avais avec moi un carnet de notes, comme toujours : c’est lui l’auteur de ce livre. Je suis exilé, je ne peux pas rattraper le temps perdu, le temps que Lyonel passe en Haïti. Je vais donc mitrailler et, rentré à Montréal, je vais regarder mes notes pour voir s’il y a un enchaînement d’événements qui mènent à l’origine d’une histoire. »

Lyonel Trouillot : « En Haïti, le pays des riches vit dans l’indifférence méprisante et inacceptable du pays des pauvres. Dans mon livre, toutes les situations et les phrases du monde des riches sont des choses que j’ai pu observer ou entendre. En ce qui concerne le monde des pauvres, je me suis au contraire servi de mon imagination pour donner une voix à ceux que l’on n’entend pas, ceux qui ne parlent pas. »

Dany Laferrière : « Dans mes livres, c’est quand l’histoire paraît le plus plausible qu’elle s’écarte le plus de la réalité que j’ai vécue. Mais la réalité imaginaire est aussi vraie, tissée de mon quotidien, que ma vraie vie. C’est mon imaginaire qui me fait me lever chaque jour. Je rêve avec mon imaginaire et celui de mes amis, je suis un voleur d’imaginaire : quand on me raconte une histoire, je la fais mienne. Le roman est un lieu idéal pour les audaces. »


« NOUS NE SOMMES PAS PRISONNIERS DU ROMAN »
Sur la forme, les livres de Laferrière et de Trouillot sont très particuliers. L’Enigme du retour contient ainsi de nombreux passages en vers libres, tandis que Yanvalou pour Charlie ne connaît pas le retour à la ligne, chaque chapitre étant un seul paragraphe, un long « tunnel »…

Lyonel Trouillot : « Haïti, c’est le règne du poète. Et le livre de Dany, L’Enigme du retour, c’est le retour de la tradition poétique haïtienne. Nous sommes des lecteurs de l’universel, nous ne sommes pas prisonniers du roman. Il y a une dictature du roman dans la littérature occidentale et sur ce point, nous effectuons un petit travail de subversion. Dans mon livre, la question du rythme est fondamentale. Je donne la voix à des personnages qui ont leur propre rythme, je m’arrête au moment où celui qui parle s’essouffle, la question du chapitre ou du paragraphe ne se pose pas. »

Dany Laferrière : « Le roman a pris son essor et sa force à cause du tirage et du lectorat. Mais un recueil de poèmes peut être lu par 30 personnes seulement ! Le poète ne pense pas du tout au tirage. La poésie est une sorte d’hygiène de l’âme. Le poète n’a pas besoin d’être lu mais d’être considéré comme un poète. Avec les « tunnels » de Lyonel, on rentre dans la tête d’un personnage, puis d’un autre. L’idée du lectorat n’existe pas, on a donc une totale liberté d’écriture. »


« CE NE SONT PAS LES MOTS QUI FONT UNE LANGUE »
Français ou créole ? Pour les deux écrivains, le choix de la langue est moins dicté par la recherche de lecteurs que par la nature du texte…

Lyonel Trouillot : « Nous ne sommes pas en quête de lectorat. Dany écrit en français, mais l’écrivain haïtien a la liberté d’écrire en français comme en créole ! Pas besoin de mettre une sauce piquante ! Ce sont les textes qui commandent la langue dans laquelle ils sont écrits. »

Dany Laferrière : Pour mon livre Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer[1985], j’ai dit : « Pour la traduction en anglais, ça va être facile : c’est un roman américain, seuls les mots sont en français. » Ce ne sont pas les mots qui font une langue. J’écris en français dans toutes les langues : en anglais, en créole, en français, et même en japonais ! » [Dany Laferrière a écrit un livre intitulé Je suis un écrivain japonais, paru en 2008.]